Le point & click n'est pas un genre nouveau. C'est même un des
premiers genres de jeux d'aventure, aussi vieux que le monde du jeu
vidéo. Plusieurs séries marquèrent le genre. Et malgré sa disparition
progressive le genre reste vivant grâce à des titres comme Runaway.
Cela faisait maintenant six ans. Six ans que « Les Chevaliers de
Baphomet » n'était pas revenu à la vie de manière officielle en deux
dimensions. Grand classique du jeu d'aventure, la série a vu son déclin
en même temps que son passage de la 2D à la 3D en 2003. Et ça, les
membres de Révolution Software l'ont bien compris. On pourrait se
demander si le fait que des fans aient développé un épisode 2.5
totalement officieux en 2D a eu une influence sur cette ré-édition,
mais les faits sont là : le premier épisode de la saga Broken Sword
réapparait sur nos Wii et DS. Cette édition, élégamment nommée
director's cut, sera t-elle à la hauteur du mythe qu'elle essaye de
faire revivre? C'est sur la version DS que nous nous pencherons
aujourd'hui, et laissez-moi vous dire que ça va pointer et cliquer !

Une histoire, un mythe, (presque) une légende. L'introduction
des Chevaliers de Baphomet reste gravée dans la plupart des mémoires.
Un américain, George Stobbart (avec 2 « b » et 2 « t » comme il le dit
si bien), assis à la terrasse d'un café parisien, assiste et est
presque tué par un attentat visant un client du café. Ainsi débute
l'aventure de George qui fera tout son possible pour retrouver le clown
responsable de ce meurtre. Cette introduction, c'était celle de 1996,
sur PC. Aujourd'hui on retrouve Nicole Collard, qui a rendez-vous avec
Pierre Carchon, éminent homme politique français, pour une interview.
C'est avant de pouvoir poser la moindre question que Pierre Carchon se
fait assassiner par balle, par un mime. C'est ainsi que débute
l'aventure de Nicole Collard, qui va tout entreprendre pour retrouver
ce mime-assassin qu'elle soupçonne d'ores et déjà d'autres crimes sur
lesquels elle enquête. On s'apercevra bien vite que cette aventure
n'est que le prélude de l'aventure de George, mais on ne se lassera pas
de découvrir pourquoi Nico avait rendez-vous avec la victime de
l'attentat du café. C'est donc presque la même histoire qu'il y a
maintenant plus de 12 ans que l'on redécouvre, mais suivre George
jusqu'au fin fond de l'Europe à la recherche d'un clown est toujours un
véritable bonheur.
Une réalisation d'époque Et ce sont
ces décors enchanteurs d'Europe que l'on aime revisiter. Même après 12
ans, le jeu reste identique en tout point sur l'écran du bas. Les
décors en deux dimensions fourmillent de détails et l'on sent bien que
ce ne sont pas des vulgaires textures, mais bien des sortes de tableaux
dans lesquels on peut se déplacer. On ne se lassera pas d'essayer de
remarquer tous les petit détails des décors et c'est une des forces des
Chevaliers de Baphomet. En revanche, comme auparavant, les personnages
n'ont pas le droit au même soin, étant donné qu'ils doivent être
animés. Alors certes, on est loin de la catastrophe, mais mieux vaut
avoir les sprites assez éloignés de nos yeux pour ne pas voir les
pixels de trop près. L'animation quant à elle est tout à fait correcte.
La grosse nouveauté de cette ré-édition se situera sur l'écran du haut
de la DS. C'est en effet ici que ce dérouleront tous les dialogues
(dialogues sur lesquels nous reviendrons). On pourra voir sur cet écran
les têtes des participants à la conversation, ainsi que les cadres de
texte. Dans un style très comics (on notera la participation de Dave
Gibbons (Watchmen) pour les animations faciales), ces visages ont tout
pour plaire, et pour déplaire. En effet, autant les personnages peu
importants sont très convaincants, autant la tête de George ou de Nico
pourront choquer les puristes tellement ils ne ressemblent pas aux
versions cartoon auxquelles nous étions habitués. Les animations,
elles, restent anodines, car même si elles contribuent un peu à
l'ambiance, elles ne sont pas assez détaillées pour être réellement
prises en compte. Globalement, d'un point de vue graphique le jeu s'en
tire très bien et les graphismes léchés, auxquels on avait droit en
1996, sont parfaits pour notre DS.
Autre point marquant,
l'identité des Chevaliers de Baphomet : son style unique. Il est, en
effet, agréable de jouer avec les personnages déformés et exagérés de
Monkey Island, mais il est tout aussi agréable de mouvoir George,
américain propre sur lui et parfaitement proportionné. De plus avec son
humour caractéristique marquant toute la série, George donnera le ton
de cette aventure historique. Une aventure qui possèdera un ton très
sérieux et regorgera de moments tragiques, mais qui sera aussi ponctuée
d'humour, aussi bien via les dialogues que grâce aux situations. On
notera tout de même que le jeu a subi une légère censure (très légère
car c'est juste la disparition du sang), notre époque (et peut être la
console) voulant cela.
Pour finir, une petite nouveauté a été
rajoutée à la version classique du jeu, à savoir, les gros plans. Mais
qu'est-ce donc? Et bien c'est tout simplement un gros plan sur une
partie du décor. Ici, on ne verra plus notre personnage mais seulement
les éléments du décor sur lesquels on s'est penché. Cela enlève un des
défauts du jeu original qui était que certaines énigmes ou
manipulations étaient dures à effectuer à cause de l'angle de vue
éloigné. C'est maintenant chose réparée puisque la majorité des énigmes
qui posaient problème avant, bénéficient maintenant du gros plan. |
« Moi je dis: attrapons-les, et bouffons-les! » Mais
si le graphisme des Chevaliers de Baphomet marquait avec la qualité de
ses décors, c'était l'ambiance sonore qui donnait au jeu une de ses
plus grandes forces. Les doublages, on ne peut plus convaincants, et
l'accent anglais de George qui était à lui tout seul un pan du jeu,
donnaient à la série une part de son identité. Si l'on rajoutait à cela
les musiques de Barrington Pheloung totalement pensées pour coller à
l'espace et au temps, on ne pouvait jouer au jeu sans le son. Mais
aujourd'hui, comme hier avec la version GBA, « Les Chevaliers de
Baphomet » se fait amputer de son plus gros point fort sur portable :
les voix. Ici toute l'histoire est à lire. Les musiques sont toujours
de très bonne qualité, mais voir écrit « clown » sans l'entendre
prononcé par George enlève au jeu une bonne part de son ambiance. De
plus, les dialogues tenant une place énorme dans le jeu, devoir tout
lire, bien que loin d'être ennuyeux, est un gros poids, quand on sait
qu'il existe des versions parlées de ces même dialogues.
On pointe puis on clique ! Le
gameplay des point & click a toujours été très simple. On clique à
un endroit du décor pour s'y rendre. On clique sur un objet pour
interagir avec celui-ci. Mais là où les premiers jeux de Lucas Art nous
proposaient de multiples actions à n'importe quel moment du jeux, « Les
Chevaliers de Baphomet » se veut plus accessible. On aura le choix ici
entre une ou deux actions par objet. Pour les voir il suffira de
laisser son stylet sur l'objet en question pour que les icônes
apparaissent. On aura ensuite plus qu'à choisir quoi faire. Vous voulez
utiliser un objet de votre inventaire avec un élément du décor ? Rien
de plus simple. On sélectionne l'objet dans sa besace, puis on le
glisse sur l'autre. Et le tour est joué. Bref rien de bien innovant
dans ce director's cut. On notera tout de même une certaine lenteur
dans les déplacements des personnages. Pour aller d'un bout à l'autre
d'une pièce, Nico et George auront la fâcheuse habitude de se traîner,
et presque de faire du moonwalk, sous nos yeux ébahis. Mais fort
heureusement cette lacune se voit comblée par le fait qu'un changement
de pièce se fait par un léger fondu noir, et ce, quelque soit l'endroit
où l'on se trouve dans la pièce. On évite donc les éternelles secondes
de traversée de pièce lorsque l'on clique directement sur la sortie.
Mais
tout ceci reste du classique. Et c'est bien parce que « Les Chevaliers
de Baphomet » avait réussi à se démarquer à son époque des autres jeux
du genre qu'il reste, encore aujourd'hui, une référence. Tout d'abord
le jeu propose parfois de faire choisir au joueur la manière dont
réagira le personnage, à savoir que le choix se situe bien souvent
entre gentil et méchant. Même si ces choix n'ont que peu d'influence
dans le jeu, il est toujours agréable d'avoir le choix. De plus, faire
certaines choses, ou pas, aura des répercutions sur le jeu. Là encore,
ça n'impliquera pas de tournant dans le scénario mais cette possibilité
est toujours agréable (essayez de faire boire, ou non, la serveuse au
début de l'aventure de George, vous verrez). Là où « Les Chevaliers de
Baphomet » marque aussi c'est par la possibilité de mourir dans le jeu.
Et il est même fort probable que, pour sa première partie, le joueur
meure (au moins) une fois lors de son périple.
Mais, si l'on exclut
les ajouts au scénario, aucun argument ne justifie une ré-édition du
jeu. C'est là qu'interviennent les énigmes faites pour la DS et la Wii.
Ces énigmes n'iront pas chercher très loin dans la complexité du
gameplay, étant donné qu'il s'agira le plus souvent de faire quelques «
cliqué-glissé » pour les réaliser, mais on appréciera de voir autre
chose dans le jeu que de simples combinaisons d'objet. Plus présente
dans la partie de Nicole (et à juste titre, puisque cette partie est
inédite) on en retrouvera aussi dans la partie de George. On pourra
aussi noter qu'elles sont parfaitement bien intégrées et qu'un habitué
ne sera pas choqué de les voir.
Les voyages en Europe, ça prend du temps ! Irlande,
Ecosse, France, Espagne, Moyen Orient... Visiter tous ces lieux, parler
à tous les personnages qui les peuplent, ça prend du temps. Et bien que
les jeux d'aventure soient plutôt courts en général, par leur nature
assez linéaire, « Les Chevaliers de Baphomet » tente de relever la
barre dans cette nouvelle apparition. En effet, un joueur ayant déjà
fait le jeu original de multiples fois mettra environ sept heures pour
finir le jeux, en prenant son temps. Certes, sept heures c'est assez
court, mais ça ne prend pas en compte le temps de réflexion qu'il
faudrait à tout joueur n'ayant jamais touché au soft pour progresser
dans l'aventure. Bref, le jeu a une petite dizaine d'heures de durée de
vie pour quiconque découvre l'aventure de George Stobbart pour la
première fois. Malheureusement les temps modernes sont passés sur « Les
Chevaliers de Baphomet », et pour les moins courageux, des indices
totalement inédits seront à disposition. Indices qui, disons-le tout de
suite, plutôt que de vous faire réfléchir, vous donnent souvent la
solution (surtout si on les regarde jusqu'au dernier) ! Un comble pour
un jeu dont la durée de vie est directement liée à la difficulté de ses
énigmes.
Mais un jeu d'aventure étant ce qu'il est, la replay value
reste très moyenne. Car une fois le jeu fini une première fois, il
faudra, ou être fan, ou... être fan pour vouloir redémarrer le jeu.
Mais si vous avez apprécié le jeu, après quelques mois d'attente, y
rejouer sera aussi un réel plaisir.
.   En conclusion « Les
Chevaliers de Baphomet » reste égal à lui même dans sa nature, même si
son ambiance a été tronquée à cause de l'absence des voix. Les ajouts
sont quant à eux bien présents mais ne révolutionnent en rien le fond.
Un classique qui reste un classique que l'on peut dorénavant emmener
partout. |